Ill

L’Ill s’écoule dans le long des quartiers de Strasbourg, dans un tranquille glouglou ou un feulement sauvage – pareille aux chats. Ses canaux tracent dans la ville des sillons bleutés. Je n’userai pas cette fois-ci d’une image déjà tellement galvaudée : veine, sève d’une plante mellifère, que sais-je.

Je vis dans le Sud de la France depuis si longtemps que mon amour des maisons à colombage, des cigognes et du vin blanc aurait dû céder la place à un chauvinisme basé sur le canard, le pin landais, le bœuf bazadais et le Saint Émilion. Mais malgré ces… oh, plus de dix années passées à cavaler entre Bordeaux, Bayonne et Pau, je ne puis me définir que comme rhénane. Et mon physique trahira toujours quelque chose de germanique dans la pâleur, les yeux bleus, ou plus prosaïquement la gestion des graisses.

Je ne viens plus à Strasbourg (ma ville natale) aussi régulièrement que je le voudrais, mais l’Ill reste la rivière de mon cœur. Ou de mon rein, c’est selon. Les Parisiens ont leur Seine, les Lyonnais leur Rhône… Moi, humblement, je me contente d’un affluent aux quais fleuris.

Qui diable saura que ce n’est pas sur l’Ill que flottaient les péniches de mon enfance ? Qui osera le faire remarquer, que ma madeleine se confond avec le fleuve dans lequel elle se jette et qui l’avale ? Tout le monde ignore cette maison rue du Couvent, et le pommier dans son jardin. On connaît bien mieux mes courses folles dans la Petite France que l’Ill borde. Mais n’est-ce pas un peu malhonnête de le cacher ?

L’Ill a ce goût de nostalgie en tant que je suis née au bord d’icelui et que depuis, il n’y a jamais plus eu que des visites. Est-ce cela, ce « mal du retour » ?

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