Je suis un soir d’été

Jeune otarie SPQR, j’erre dans le monde des grandes personnes qui aiment à me piétiner. Je fricote avec les renards, suis souvent déçue de m’être fait berner mais ne peux m’en prendre qu’à moi-même si mon charisme égale celui d’une huître. Je manque d’innocents à blâmer, de trous noirs troublants à combler, de tapirs à câliner.

Si vous voulez me rejoindre les nuits d’hypersomnie, je tiens à préciser que le dimanche, il est impératif de se lever tôt : qu’il fasse beau ou non, je flâne en toge en écoutant Remède à la mélancolie.

Mais je n’essaie pas de vous décourager, bien au contraire. Faites-moi des libations, que le vin coule à flots ! Offrez-moi mirabelles et chocolats ! Je ne céderai pas. Alors, écrivez-moi un poème élégiaque pour me signifier votre souffrance ! Noyez-moi sous les fleurs ! Je ne céderai pas. Enfin, excédé, battez-moi comme vous ne traiteriez même pas un chien et laissez-moi gisante sur le bord de la chaussée. Et je serai votre esclave.

(Mais je vous en supplie, respectez cet ordre, ne brûlez aucune étape, sans quoi l’entière tentative serait un échec.)

Mais déjà vous me voyez moins belle, comme on voit les choses soumises. L’œil plus terne, la joue moins rose. Vous me délaisserez alors et je ne saurai comment vous retenir. Je pleurerai comme on sait pleurer quand on a dix-huit ans. A la fois désespérée et pourtant, ne prenant pas réellement la situation au sérieux.

Je retournerai à mon latin et vous à vos montagnes à gravir. J’attendrai qu’un autre vienne me courtiser. Et s’il me fait trop languir, je me jetterai aux pieds d’un de ces magnifiques qui ne veulent jamais d’une fille comme moi. N’en n’ont jamais voulu, mais en voudront peut-être. On ne sait pas, on ne sait jamais.