Pourquoi j’ai des affinités avec l’aloe vera

J’entends souvent autour de moi – et je tends l’oreille, beaucoup, plus que je ne m’exprime – souvent j’entends parler d’un quelconque animal qui représenterait l’intérieur profond, le dedans de l’âme. Animal totem. On se cherche soi. On se dit : “dans mes comportements spontanés, je ressemble définitivement au tapir / à la belette / au chevreuil fuyant.” Pourquoi pas ? Je me suis moi-même, par jeu, prêtée à l’exercice. Je me sentais parfois un peu otarie, me présentais comme telle ; on approuvait. Ma condition d’alors me permettait encore cette excentricité, et peut-être même était-ce approprié à ce moment précis.
Aujourd’hui, si je devais évaluer ma personnalité en m’identifiant à une autre espèce, je refuserais de restreindre mon choix au seul reigne animal. Le végétal semble même présenter des caractéristiques similaires à celles qui régissent ma propre existence. N’ai-je pas, ces derniers mois, mené une vie exclusivement contemplative ? Penser, choisir, agir, se mouvoir étaient autant de combats ; on dénombre bien trop de défaites. N’ai-je pas en commun avec l’arbre cet espoir de croître, les gelées passées ? Ne suis-je pas toujours dans l’alternance entre la floraison et une allure morne ?
Parmi les végétaux, j’en admire beaucoup. Le pommier par exemple, tout en fleurs blanches, en fruits ronds et en noblesse. La lavande aussi, qui répand une odeur suave et peint les bords de la Méditerranée en mauve. Le sapin qui toute l’année arbore ses aiguilles. La vigne et l’olivier, ces pieds tordus. Et bien d’autres, trop pour pouvoir les citer.
Mais si je devais exprimer ma sympathie envers l’un d’eux en particulier, ce serait probablement l’aloe vera. A première vue déjà, la ressemblance est évidente : des membres mous qui se déploient autour du coeur, de vaines épines, une nette tendance à l’immobilité. Notre cohabitation (je dis “nous”, il faut comprendre “les aloe vera et moi”) s’annonçait déjà plaisante, et ce laps de temps passé sous le même toit nous a en plus permis d’apprendre l’un de l’autre. Irais-je jusqu’à dire que nous en sommes sortis l’un et l’autre changés ? Sachant désormais qu’à être trop entretenu l’on dépérit, que prendre la poussière rend morose et que l’on est toujours tendre à l’intérieur (prêts à s’épancher à la moindre entaille !).
Et si nous vivons séparés à l’heure où j’écris, j’éprouve toujours une certaine bienveillance, généralement accompagnée d’un sentiment d’appartenance, quand je recroise un de mes chers aloe vera.

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