Pourquoi je n’aime pas l’été

L’été est presque fini. C’est déjà la rentrée. Nous voilà privés des derniers jours de soleil et contraints de retourner trimer. Et pourtant, réjouissons-nous car cette semaine marque la fin d’une période infernale. Non, je n’aime pas l’été. 
J’ai horreur de ces jours passés dans la fournaise. La chaleur qui ne laisse aucun répit, pas même la nuit, m’accable. Vidée de mon énergie, j’erre, oubliant même parfois pourquoi j’allais et si j’allais quelque part. Je ne fais plus rien. Je vis dans le noir, bois, je mange à peine, je dors trop peu. J’élabore des stratégies pour empêcher l’air chaud d’entrer, mais il déploie des techniques dignes d’un ninja maître en infiltration. La nuit il dort avec moi dans mes draps trempés. Je suis obligée de me lever à quatre heures du matin pour le chasser à coups d’éventail. C’est peine perdue, il se colle à moi de plus belle. On pourrait blâmer cet excès d’activité physique, le désigner comme raison de la sueur qui coule de tous les pores de ma peau. Mais même dans l’oisiveté, et quel que soit le nombre de douches que je prends pour me rafraîchir, je dégouline. La chaleur fait de moi une loque suintante.

Mais ce n’est pas tout. La cause de ces tourments m’est tout aussi nocive. Le soleil est un ennemi redoutable. Ma blanche peau le supporte très mal. Même en limitant le plus possible le temps d’exposition, je me couvre de boutons, plaques rouges et autres coups de soleil. Je n’ai bien sûr qu’à rester chez moi ou à sortir tartinée de crème solaire. Ce serait sans compter sur les orchidoclastes de premier ordre qui m’ont traînée je ne sais combien de fois à la plage contre mon gré. Sans parasol s’il vous plaît ! Moi qui ne demandais qu’à rester chez moi avec mes livres (volets clos certes, mais qu’importe). C’est ainsi qu’on forge la défiance et la rancune.

Bien sûr, je pourrais m’en tenir aux seules conditions climatiques, on ne peut pas grand-chose contre la météo et somme toute c’est banal. Mais une jeune personne peu habile dans les relations sociales, et de surcroît confrontée à deux ou trois mois de vacances, est vite sujette à une longue période d’esseulement. Quand tous les « potes » ont déserté parce qu’ils sont définitivement très occupés, certainement trop pour s’inquiéter du sort d’un autre, vers qui se tourner ? Une famille ? La mienne est dispersée partout en France. Je les connais à peine, et je suis déjà en quelque sorte le vilain petit canard. Des amis d’enfance ? En quelques années nous nous sommes éloignés. Nous nous voyons de temps en temps. Il y a toujours une certaine gêne. Ajoutons la peur de déranger quand il faut appeler. 

Il arrive qu’un jour un coup de fil vienne vous tirer de votre mélancolie. Quelqu’un pense à vous. On vous invite à participer à je ne sais quelle activité estivale. Le plus souvent, quand je suis dans cette situation, le dilemme est le suivant : je n’ai absolument aucune envie de me mettre en maillot de bain pour faire trempette, ni d’aller manger quelque chose de gras et pas très vegan dans un fast food, ni de m’allonger dans l’herbe à côté d’une pouponnière à moustiques (tel qu’un lac / toute autre étendue d’eau stagnante), ni d’assister à une beuverie cautionnée par la municipalité sous prétexte qu’il s’agit d’un esprit festif. Mais je me sens suffisamment seule pour être sur le point de dire oui. Je dois passer pour le rabat joie de service. C’est un peu vrai en quelque sorte. J’ai cependant souvenir d’un atelier de cuisine romaine plutôt sympathique il y a un an déjà. Ou plus récemment d’une sortie cinéma pour aller voir Le grand méchant renard. Toutefois ce ne sont pas à proprement parler des activités qu’on pratique exclusivement l’été, même si les salles obscures et climatisées sont très prisées en ces périodes de l’année.

Aussi semble-t-il insensé d’apprécier cette saison brûlante, n’est-ce pas ?

(Faisez tous la sieste)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *