Pourquoi je ne sais pas écrire


Longtemps je me suis couchée de bonne heure. Hm. Longtemps j’ai essayé d’écrire. J’étais jeune et sémillante et pleine d’espoir. Alors j’écrivais de tout, mais surtout n’importe quoi. En prose, en vers, je me suis frottée à tous les genres possibles et inimaginables. Et même pire : j’ai trahi ma langue maternelle pour fricoter avec d’autres, dont certaines étaient bien froides et mortes. Mes productions étaient, bien entendu, de piètre qualité.

Ce n’est pas pour autant que j’ai abandonné, non non. J’ai persévéré. Puisque je ne pouvais pas tout faire (mes capacités sont assez limitées) j’ai tranché, arbitrairement. J’ai dit : ce sera de la prose.

Ah, je vous vois déjà venir avec vos doigts accusateurs. Vous venez pointer le choix de la facilité. J’envoyais valser les règles classiques de versification, les jeux de sonorités complexes, les sens obscurs. Messieurs mesdames, je répondrai que n’est pas Céline qui veut, et qu’il est tout aussi difficile de faire de la bonne prose. Voyez l’échec des deux paragraphes précédents, considérez l’écueil. D’abord le sujet pas très aguicheur, mais bon, on ne donne pas dans le putassier ici. N’empêche un tel cliché, il a fallu l’inventer. Ensuite le style est plat et la référence initiale barbante, tentative d’accroche qui dit presque son nom.

Je ne sais pas écrire, mesdames messieurs, là est la faute. Je manque très certainement de pratique. Six ans, ça ne pèse pas bien lourd. Il faudrait écrire encore et toujours, toujours plus, pour parvenir à un résultat satisfaisant. Et puis retravailler le texte, le forger. Lui faire subir les mille tortures d’être en le marteau et l’enclume.

Mais même alors, il en ressort des êtres difformes : à mon image. Mes textes délirent comme moi, raisonnent à côté de la réalité. C’est même leur raison d’être, mais il ne faut pas le dire trop fort, sinon messieurs mes détracteurs auraient une raison de plus de venir me taper sur les doigts.

Nous touchons à une autre raison. Je suis inconstante et ne me connais pas de limites autres que celles que m’imposent mon imagination pervertie par des jours et des nuits de solitude. Autrement dit, je manque de méthode et d’un fil d’Ariane qui me relierait au réel. Si j’écris pour les autres, c’est qu’ils m’obligent à chercher l’intelligibilité. Forcé qu’on est d’écrire différemment quand on prend la plume dans l’idée d’être lu ou de se relire (le rapport d’altérité qu’on a alors avec soi-même est effrayant).

Mon rapport à la lecture en général – j’entends : lire les autres – je le vis comme une souffrance quand il s’agit d’écrire. Des conseils de Rilke à l’envie d’être Albert Cohen, je trouve toujours quelque chose à me reprocher. Ça va pas être facile de trouver son style. J’essaie de tout appliquer, même des conceptions de la littérature opposées. Imaginez le désastre ! Pire que Cicéron et Catilina qui essaieraient de valser ensemble !

Sur cette entrée en matière pas très optimiste, je vous souhaite la bienvenue. J’avoue qu’on fait mieux comme inauguration, mais les feux d’artifice ça coûtait trop cher et Leonard Cohen étant mort, nous n’aurons pas de concert d’inauguration. Mais séchez vos larmes : la situation est grave mais pas désespérée.

(petite chanson guillerette et dans le thème pour conclure)

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