Pourquoi je suis plus mignonne que jolie

On me dit rarement que je suis jolie, même si je suis loin d’être laide. En réalité, j’ai bien vite compris que je n’étais pas belle : ce qualificatif est réservé à de femmes qui correspondent aux canons de beauté d’un temps, d’une époque. On évoque parfois des constantes sociétales, voire une beauté universelle… à vrai dire je n’en sais rien. J’aurais fait meilleure figure au XIXe siècle, c’est tout ce que je peux déduire à l’aune de mes connaissances présentes.

Pour autant je ne suis pas jolie : la joue trop ronde, la peau trop pâle, je ressemble plus à une enfant. Malgré ma taille (sans être très grande, je me défends bien pour une femme), je garde quelque chose de très enfantin pour âge. Bien qu’évidemment, je sois loin d’être vieille. Seules quelques rondeurs féminines à la poitrine et à la hanche me préservent d’une possible confusion.

Pour ne rien arranger, l’anxiété sociale dont je souffre me fait prendre des intonations puériles enjouées et/ou chantantes dès qu’il s’agit de s’adresser à des inconnus. Ma voix s’adaptant, je monte facilement dans les aigus lors de ces moments pics intenses de gêne. Cela combiné avec mon apparence physique, je pourrais facilement frauder aux entrées. Mais je suis une personne honnête, moi, et n’abuse pas de la naïveté des guichetiers.

Mon attitude même, défiante de soi, épaules courbée, joue rosie, œil fuyant ; cette attitude pousse à écarter l’idée de joliesse et à retenir celle, tout au plus, de mignonne. Si tant est que l’extrême timidité puisse être considérée comme mignonne, à un degré si élevé. A vrai dire, je perçois plus cette partie de mon identité comme un handicap que comme une arme de séduction.

D’ailleurs, je ne fais rien pour séduire. Cette sincérité me vaut parfois d’être considérée comme mignonne ou adorable, encore que cela soit bien injustifié considérant le peu d’effort qu’elle nécessite. Je ne choisis pas ces actions un peu spontanées. Etant d’après moi assez peu démonstrative, la façon dont on perçoit mes agissements reste pour moi un mystère.

Pas de maquillage non plus : cette même sincérité dans le cerne apparent. J’avoue cependant ne pas être pour grand chose non plus dans ce trait de ma personnalité : j’ai choisi jeune de ne pas apprendre à dissimuler les imperfections, et comme je n’ose pas aujourd’hui demander à apprendre, je dois en payer le prix. Je ne sais pas plus embellir, évidemment. Je ne connais pas ces traits qui agrandissent l’œil ou rende la courbure de la bouche moins amère. Ces artifices restent pour moi un grand mystère. Les femmes qui les maîtrisent sont des sortes de grands mages initiés. Et moi, pauvre impie, je les regarde faire et je les admire, sans savoir si un jour je maîtriserai leur art. Probablement pas. Est-ce que cela ôte à ma féminité ? Sans doute, sans le vouloir.

Du point de vue de l’habillement, j’oscille entre beaucoup de vêtements  basiques et quelques pièces plus osées qui s’accordent mal avec le reste de ma garde-robe. L’ensemble jean-chemise reste un incontournable, bien sûr. Mais la façon dont je me démène avec le textile a paraît-il quelque chose de touchant.

Mais goûts aussi semble trouver grâce aux yeux des autres. Ma passion pour le latin, pour les livres en général, pour les trains, la blanquette, Belle du seigneur, le miel de lavande, Blackbird des Beatles, le pétrichor, le théâtre et le cheese-cake trouvent apparemment grâce aux yeux des autres. Mon entourage y semble sensible, mais les inconnus aussi sont souvent séduits.

Cette mignonnerie, qui s’approche plus d’un état d’esprit que de la simple apparence, est si sincère et si peu affectée que je doute qu’on puisse l’appeler joliesse. Il n’y a pas d’apprêt, juste quelque chose de touchant et qui se donne à l’œil. Je n’ose pas, ne sais pas vraiment tricher, qu’il s’agisse de dissimuler défauts ou pensées. Être soi-même et faire de son mieux dans la vie me semble tellement plus important que soigner son apparence physique. Certes, je sors trop souvent vêtue comme un sac ou coiffée un peu trop rapidement ou sans avoir dormi les huit heures réglementaires, mais… il semblerait que cela plaise chez moi, alors je ne vois pas de raisons de le changer.

5 commentaires sur “Pourquoi je suis plus mignonne que jolie

    1. A vrai dire non, les profs peuvent vraiment payer pour la personne qui les accompagne il me semble. C’est pas ma faute si la caissière n’a rien capté. :'(
      Puis ça donne l’illusion que ces gens ont une famille, une vie, du bonheur… !

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