Pourquoi j’écoute de la chanson française

Ou ode au mauvais goût et chauvinisme standard

Tout petit enfant déjà on vous fait écouter, je ne sais pas, peut-être Le temps des cerises. Les feuilles mortes. C’est extra. L’auvergnat. J’ai été biberonnée à la chanson à texte. Trop jeune pour comprendre, j’ai aimé comme on aime enfant : au premier degré. Mon père, ex soixante-huitard reconverti dans l’évènementiel, a accumulé dans les années qui précédaient ma naissance une collection impressionnante de CD. J’ai grandi entre Brel et Jean Ferrat. Entre Barbara et Henri Salvador.

J’aurais beaucoup à reprocher à l’éducation que j’ai reçue. De trois à douze ans, j’ai connu les terreurs et les tonnerres, les cris, une vie intellectuelle appauvrie. Je n’ai pas été de ces enfants qui pleurent parce qu’on les traîne dans les musées, ni de ceux dont on se plaint parce qu’ils ne lisent pas. A la maison, c’était Michel Jonasz, Michel Delpech et Maxime Le Forestier, « tais-toi et écoute ». Il y avait aussi cette certitude entretenue par mes parents, celle que l’école suffirait à faire mon éducation. On ne parlait pas, ni de politique, ni de ces valeurs qui leur tiennent à cœur, et qu’ils défendent encore. Il fallait juste se mettre en transe devant la chaîne hi-fi –un vieux modèle qui lisait même le laser disc. La chanson française de mon enfance, nos moments de communion.

Je suis un peu injuste. Il y a une dizaine d’années on m’offrait mon premier lecteur mp3. A demi rempli d’artistes francophones, j’ai connu mes premiers émois avec Gainsbourg, Julien Clerc et sa Californie, Alain Bashung, et d’autres un peu oubliés aujourd’hui. Souvenez-vous : Georges Moustaki et sa guitare, Serge Reggiani l’italien. Mon mp3 a rendu l’âme il y a peu de temps. Moi qui l’aimais d’amour, j’en ai mal dans mon petit cœur tout mou et plein de sang.

Plus tard la découverte de Youtube et des sites de streaming m’a ouvert d’autres horizons. Passer d’une centaine de CD (ce qui n’est déjà pas rien !) à une telle masse de titres a été vertigineux. J’ai eu de nouvelles amours dont je ne parlerai pas parce que j’en ai un peu honte. Je me suis ouverte au folk, à la country, à la pop anglaise mais je n’ai jamais délaissé mes Feuilles mortes, ma Javanaise. Mes émois adolescents sur Saez ou Fauve ont le goût des larmes.

La chanson française, c’est un siècle de spleen, et vingt ans dans toute la joie de sa jeunesse. La fragilité d’Anne Sylvestre et l’onirisme de Gérard Manset. C’est tout en sensibilité, jusqu’à la sensiblerie, ou bien c’est l’insouciance de la jeunesse. C’est l’échec désespérant et le cri du destin dans Les parapluies de Cherbourg. Toutes les luttes ont leur chanson, et souvent la chanson se défend d’être engagée. Chantons pour passer le temps.

Oui, j’écoute de la chanson française, et j’aime le texte peut-être plus que la musique. C’est bien mon tort. Ce n’est certainement pas la langue la plus mélodieuse. Et derrière mon dos on dira que j’ai connu d’autres amours, ces paroliers anglophones qui portent de noms comme Leonard Cohen, Bob Dylan, Sting (eh oui j’aime bien Sting). Pour médire, on se rappellera que j’ai des goûts désastreux, moi qui écoute la nouvelle scène française. Et tout cela est vrai. Pire, je suis un peu chauvine. L’exotisme ne me fait pas rêver. J’aime, en écoutant pour la première fois un morceau, ce sentiment de l’avoir connue depuis toujours et de ne pas être étrangère à ce qu’elle raconte. Voyez-moi, toujours sur les mêmes couplets, des vieilleries et des babioles, des inconnus de la bande FM, des chanteurs RFI et France Inter, des titres chinés sur Fip.

 

Comme on pouvait s’y attendre, je vous offre quelques-uns de mes petits chéris, que vous puissiez juger :

Si vous voulez me faire découvrir quelque chose, c’est de bon cœur que j’écouterai !

1 commentaire sur “Pourquoi j’écoute de la chanson française

  1. T’es super agréable à lire ; tu dis les choses avec une telle facilité qu’on a de suite les images qui s’affichent dans nos têtes. Bravo

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