Pourquoi j’écris tout de même

Souvent, j’évoque mon incapacité à produire et les multiples frustrations liées à l’écriture. Le peu de satisfaction que cette activité me procure, les efforts que je dois déployer à chaque fois. Combien il est difficile d’être sincère, et d’accepter l’exposition d’une expression de soi dans ce qu’elle a de plus intime. Même, avant de se poser la question « qu’est-ce que ce que j’écris va révéler de moi, est-ce ce que je désire réellement montrer ? », il faut être certain que le message sera reçu de la manière la plus intègre possible.

Il est si facile de raisonner
enfermé dans un langage propre, crypté et intransmissible. Ou pire :
essayant de traduire son intériorité pour un lecteur potentiel (ou pour un
soi-même futur, mais je crois qu’il y a toujours un petit rapport d’altérité
entre deux « soi » ?), perdre totalement le message original à
cause de sa maîtrise – toujours un peu imparfaite – de la langue. Telle
acception d’un mot qui n’existe finalement que pour moi, telle tournure
qu’habituellement j’interprète mal et que j’utilise finalement de manière
erronée : toutes ces approximations auront vite fait d’isoler
l’écrivaillon à nouveau, alors qu’il espérait précisément de la mise en mots
qu’elle facilite la communication.

Je ne demande que cela,
finalement : pouvoir communiquer. Et puisque tous les autres moyens me
sont refusés par manque d’interlocuteur ou à cause de ma maladresse, je me
cantonne à ce que je fais le moins mal. Et parfois, parfois c’est un tout petit
peu satisfaisant. On m’a quelquefois même remerciée, et ce geste est infiniment
gratifiant, pour une activité que je pratique plus par nécessité que par envie.
Même quand je prétends écrire pour moi, j’envisage déjà les liens que je tisse
avec ce moi futur que je ne connais pas (encore). J’ai finalement beaucoup de
tendresse pour les moi passés quand ils s’expriment, plus que je n’en aurais
jamais eu autrement.

Voilà : si je laisse tant de brouillons de lettres, d’articles faner dans un coin, ce n’est pas que je considère l’écriture comme un loisir. C’est plutôt que, n’étant jamais confiante, je n’ose pas placer tous mes espoirs dans une seule version – définitive, et l’exposer. Et même ce petit texte, depuis combien de temps en ai-je l’idée ? Combien de fois l’ai-je écrit ou réécrit ? Que voit-on l’effort qu’il m’a coûté ? Trop pour prétendre à l’élégance qui me fascine, pas assez pour que j’aie du mérite ?

J’espère pourtant continuer à
écrire, en dépit de l’ingratitude de l’exercice. Bien sûr, je n’ai de retours que
sur une infime partie de ce qui sort de moi, mais les paroles des autres sont
encourageantes et consolatoires. Si bien que je devrais, moi aussi, dire merci
plus souvent.

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